1.5.07

Du commentaire sur internet

(Petite note pour la reprise.)

Les sites sur lesquels il est possible - et facile - de laisser un commentaire sont pléthore. D'abord les blogs bien entendu, mais par exemple aussi des sites de quotidiens en ligne (comme Libération ou Le Monde). Critiquer le fait de permettre une telle option sera pour un autre jour. Ce qui est avant tout révélateur - et décourageant - sont les commentaires eux-mêmes.

Bien entendu, sur des sites consacrés à des sujets avant tout distrayants ou superficiels, comme le sport, voir des commentaires affligeants n'est pas étonnant (ne pas voir de mépris dans le "distrayants ou superficiels" - j'aime le sport mais je ne le prends pas pour plus que ce qu'il est).

Même sur des sites de journaux, les commentaires sont en grande majorité d'un niveau abyssal. Prenez les réactions à un article quelconque. Au sein des multiples catégories de commentateurs ineptes, on peut au moins distinguer les familles suivantes :

- Les amateurs de calembours, dont les remarques se résument à un jeu de mot, soit à partir de termes de l'article, soit en rapport avec son sujet, mais toujours dénués de contenu. Aimer jouer avec les mots est une chose ; croire que le moindre résultat soit suffisamment intéressant pour mériter d'être infligé au public, si mince soit-il, me dépasse. Vous pensez avoir de l'esprit mais n'avez rien à dire ? Alors taisez-vous, s'il vous plaît.

- Les tireurs de généralités, pour qui un fait divers, une analyse, un compte-rendu sont forcément les symptomes d'un phénomène fondamental, les révélateurs d'une vérité profonde. Un policier violente unindividu ? Inévitable et prévisible dans une société de plus en plus recroquevillée sur sa sécurité ; ou marque évidente de la patte de Sarkozy ; ou encore caractéristique du nombre croissant des comportements suspects, et j'en passe. Ce qui est itnéressant est bien sûr qu'un même fait peut appuyer plusieurs constats, plusieurs visions du monde, même contradictoires. D'où l'inintérêt de la chose. Vous avez des vérités dont vous ne cherchez que la confirmation dans ce que vous lisez ? Alors taisez-vous, par pitié.

- Les pollueurs purs, qui ne souhaitent que profiter d'un espace et d'un très vague rapport entre le texte commenté et leur propre idée fixe, pour développer cette dernière en long et en large, l'appuyant d'une vague d'informations, de liens, d'extraits de documents. Vous ne cherchez qu'à répandre des constats à des gens qui ne veulent pas les entendre ? Alors taisez-vous, de grâce.

- Les chiens de Pavlov de l'actualité, qui ne réagissent à un texte que pour en tirer un lien improbable avec ce qui les préoccupe (ils ne sont qu'une variante, moins verbeuse mais tout aussi énervante, de la catégorie précédente). En ces temps d'agitation politique par exemple, de n'importe quel sujet peut être fabriquée une réflexion concernant Sarkozy ou Royal. Imaginons un texte anodin sur la fabrication des embarcations sur les bords de l'Amazone : il ne faudra que peu de temps à un réagisseur professionnel pour suggérer que c'est ce qu'il faudrait à Sarko plutôt qu' yacht, ou bien que c'est ce qui conviendrait à Ségo en opposition au yacht de Sarko ; les variations peuvent être infinies et le sens quelconque. Vous vous satisfaisez volontiers de piques ineptes lancées sur l'excuse d'un vague rapport avec le sujet ? Alors taisez-vous, bon sang.

Seulement quatre familles ? Je vous laisse compléter, chacun a ses énervements personnels... j'aurais aussi bien pu citer les critiques ad hominem, les idéologues de comptoir, les propagateurs de leur petite vérité mesquine, les squatteurs quotidiens en mal de distraction, les trolls, les adeptes du bon sens, les spécialistes, les "moi je", etc.

Bien sûr, la surface des choses est ainsi, on a des textes, des réactions au textes... écrire prend du temps, mais réagir, à l'emporte-pièce, au petit bonheur de son humeur de la seconde, à l'abri de l'anonymat, pour un coût proche de zéro... ce qui crée des endroits qui sont paradoxalement le paradis du sociologue et l'enfer du lecteur.