Films de genre
Déclencheur : Land of the Dead, de Romero. Romero est l'initiateur reconnu des films de zombies, objets d'un engouement certain depuis et surtout maintenant. Les films de zombies classiques sont réhabilités, édités, et maintiennent leur présence dans les oeuvres récentes (Shaun of the Dead, Land of the dead). Le zombie fédère.
On peut dire qu'il fédère, car il ne s'agit pas d'une sous-culture réservée à des fans. Même de sous-cultures non activement reprises de nos jours en étant actualisées par des lectures contemporaines, on ne peut de toute façon plus dire qu'elles soient réservées. Il est désormais légitime d'apprécier un genre en tant que tel, quel qu'il soit. On respectera tout genre par le simple fait qu'il est genre et réunit donc des fans de ce genre : zombies, fantastique, érotique, trash, SM, gay... peu importe. Des films sont récupérés et réhabilités car ils ont fondé un genre ou participé concrètement à son développement.
Un exemple : sont actuellement projetés en France des films de Masumura. Son premier film ressorti l'année dernière était La Femme de Seisaku : une histoire romantique plutôt classique, mais on peut dire saisissante pour l'époque, et surtout une oeuvre graphiquement assez puissante. Des trois nouveaux films visibles ces jours-ci, le plus acclamé est La Bête Aveugle, décrit comme alliant unvrai fond à une forme novatrice et des thématiques modernes. La réalité ? Un film à thèse, mal construit (répétitif et avec de nombreuses longueurs), mal filmé (beaucoup de moments très datés), surjeu effarant des acteurs... pour quelques scènes ou idées à sauver, on s'ennuie une heure et demie. Pourquoi tant de bonnes critiques ? Le film est une caution un peu art et essai (comprendre : à l'image un peu intello donc supposée profonde quelque part) du genre érotico-pervers qui a fait florès au Japon.
Je vais dans mon vidéo club : dans le coin japonais, on y trouve plus de films de Seijun Suzuki (caractéristique du genre en question) que d'Ozu (dont très peu de films ne m'ont pas mis au bord des larmes). Juste à côté, le rayon films chinois comporte deux tiers de films de Kung-Fu (oui je sais, on est censé les appeler autrement, mais plus que le pédantisme en soi, le pédantisme de spécialiste souterrain me tape sur les nerfs).
Bref. Les films de genre ne se portent pas mal. Et donc, Romero trouve des fonds pour fabriquer un nouveau film de zombies. Mais ce n'est pas seulement l'appartenance à un genre qui a fait marcher ces films. C'est aussi la caution intello qu'ils acquèrent, les lectures, les interprétations "critiques" du monde réel auxquelles ils nous mènent. Ainsi, derrière le film de zombie, ses ficelles pour faire sursauter, ses effets gore, son ambiance, se trouve comme une justification : les zombies représentent les défavorisés, victimes du racisme à l'époque du premier film, de la pauvreté et de l'exclusion dans la dernière version. Donc, les zombies ne sont pas les méchants qui agressent les humains, mais peuvent être perçus comme des êtres contraints ou du moins ayant été conduits par les circonstances à faire ce qu'ils font. La dichotomie grossière (méchants monstres contre beaux gentils) est ébranlée, donc oeuvre critique, alleluia.
A quoi ça mène en fait ? A des films comme Land of the Dead : où les effets gore ou horrifiques qu'apprécierait le fan du genre sont faibles, gratuits, apparaissent comme des détails rajoutés pour remplir un cahier des charges ; et où le discours souterrain remonte à la surface, devient explicite tant il est appuyé et répété. Le message, le "sens" de Land of the Dead est compris en un quart d'heure maximum. Qui aime le genre pur sera déçu, et qui aime le sens n'aura droit qu'à un slogan.
Mais ce mélange ouvre les portes de la critique la plus exigeante ! Hourra, du moment qu'on peut caser une référence au 11 septembre et à la disparité riches-capitalistes/pauvres-exploités, la critique applaudit et qu'importe le simplisme, c'est une grande oeuvre.
Alors qu'en fait, on se trouve comme dans la blague connue, prenons la version de Timsit sur Clinton président qui joue du saxo : il est pas terrible comme président... mais pour un joueur de saxo, c'est pas mal. Bon, il joue pas vraiment bien du saxo... mais pour un président des Etats-Unis, c'est pas mal. Même chose ici : l'indigence de la réflexion passe car on est dans un film de genre, donc on l'excuse du moment qu'on passe un bon moment. Le divertissement n'est pas terrible ? Ah mais le film fait réfléchir aussi. Autrement dit, les carences servent d'excuses les unes aux autres.
Et ceci est extensible à pas mal de films de genre, que les fans opposeront aux films prise de tête, art et essai (les célèbres et supposés films lituaniens de trois heures sans dialogue dans une salle de bain), mais qui justifieront bien souvent leur passion mais l'intérêt de tel ou tel genre : historique, sociétal, esthétique... bref tout sauf le divertissement.
Et évidemment, comme la médiocrité est la norme, les films de genre qui sont réellement intéressants passeront plus inaperçus - ou seront moins distingués qu'ils devraient l'être. L'affection pour un genre en soi porte ce risque de nivellement par le bas. C'est un problème de public - tout genre ne porte en lui qu'une possibilité de voir le monde autrement, d'ouvrir une porte artistiques particulière - mais l'accent mis sur la catégorisation au lieu du contenu fait disparaître ce dernier alors même qu'il sert d'alibi.
On peut dire qu'il fédère, car il ne s'agit pas d'une sous-culture réservée à des fans. Même de sous-cultures non activement reprises de nos jours en étant actualisées par des lectures contemporaines, on ne peut de toute façon plus dire qu'elles soient réservées. Il est désormais légitime d'apprécier un genre en tant que tel, quel qu'il soit. On respectera tout genre par le simple fait qu'il est genre et réunit donc des fans de ce genre : zombies, fantastique, érotique, trash, SM, gay... peu importe. Des films sont récupérés et réhabilités car ils ont fondé un genre ou participé concrètement à son développement.
Un exemple : sont actuellement projetés en France des films de Masumura. Son premier film ressorti l'année dernière était La Femme de Seisaku : une histoire romantique plutôt classique, mais on peut dire saisissante pour l'époque, et surtout une oeuvre graphiquement assez puissante. Des trois nouveaux films visibles ces jours-ci, le plus acclamé est La Bête Aveugle, décrit comme alliant unvrai fond à une forme novatrice et des thématiques modernes. La réalité ? Un film à thèse, mal construit (répétitif et avec de nombreuses longueurs), mal filmé (beaucoup de moments très datés), surjeu effarant des acteurs... pour quelques scènes ou idées à sauver, on s'ennuie une heure et demie. Pourquoi tant de bonnes critiques ? Le film est une caution un peu art et essai (comprendre : à l'image un peu intello donc supposée profonde quelque part) du genre érotico-pervers qui a fait florès au Japon.
Je vais dans mon vidéo club : dans le coin japonais, on y trouve plus de films de Seijun Suzuki (caractéristique du genre en question) que d'Ozu (dont très peu de films ne m'ont pas mis au bord des larmes). Juste à côté, le rayon films chinois comporte deux tiers de films de Kung-Fu (oui je sais, on est censé les appeler autrement, mais plus que le pédantisme en soi, le pédantisme de spécialiste souterrain me tape sur les nerfs).
Bref. Les films de genre ne se portent pas mal. Et donc, Romero trouve des fonds pour fabriquer un nouveau film de zombies. Mais ce n'est pas seulement l'appartenance à un genre qui a fait marcher ces films. C'est aussi la caution intello qu'ils acquèrent, les lectures, les interprétations "critiques" du monde réel auxquelles ils nous mènent. Ainsi, derrière le film de zombie, ses ficelles pour faire sursauter, ses effets gore, son ambiance, se trouve comme une justification : les zombies représentent les défavorisés, victimes du racisme à l'époque du premier film, de la pauvreté et de l'exclusion dans la dernière version. Donc, les zombies ne sont pas les méchants qui agressent les humains, mais peuvent être perçus comme des êtres contraints ou du moins ayant été conduits par les circonstances à faire ce qu'ils font. La dichotomie grossière (méchants monstres contre beaux gentils) est ébranlée, donc oeuvre critique, alleluia.
A quoi ça mène en fait ? A des films comme Land of the Dead : où les effets gore ou horrifiques qu'apprécierait le fan du genre sont faibles, gratuits, apparaissent comme des détails rajoutés pour remplir un cahier des charges ; et où le discours souterrain remonte à la surface, devient explicite tant il est appuyé et répété. Le message, le "sens" de Land of the Dead est compris en un quart d'heure maximum. Qui aime le genre pur sera déçu, et qui aime le sens n'aura droit qu'à un slogan.
Mais ce mélange ouvre les portes de la critique la plus exigeante ! Hourra, du moment qu'on peut caser une référence au 11 septembre et à la disparité riches-capitalistes/pauvres-exploités, la critique applaudit et qu'importe le simplisme, c'est une grande oeuvre.
Alors qu'en fait, on se trouve comme dans la blague connue, prenons la version de Timsit sur Clinton président qui joue du saxo : il est pas terrible comme président... mais pour un joueur de saxo, c'est pas mal. Bon, il joue pas vraiment bien du saxo... mais pour un président des Etats-Unis, c'est pas mal. Même chose ici : l'indigence de la réflexion passe car on est dans un film de genre, donc on l'excuse du moment qu'on passe un bon moment. Le divertissement n'est pas terrible ? Ah mais le film fait réfléchir aussi. Autrement dit, les carences servent d'excuses les unes aux autres.
Et ceci est extensible à pas mal de films de genre, que les fans opposeront aux films prise de tête, art et essai (les célèbres et supposés films lituaniens de trois heures sans dialogue dans une salle de bain), mais qui justifieront bien souvent leur passion mais l'intérêt de tel ou tel genre : historique, sociétal, esthétique... bref tout sauf le divertissement.
Et évidemment, comme la médiocrité est la norme, les films de genre qui sont réellement intéressants passeront plus inaperçus - ou seront moins distingués qu'ils devraient l'être. L'affection pour un genre en soi porte ce risque de nivellement par le bas. C'est un problème de public - tout genre ne porte en lui qu'une possibilité de voir le monde autrement, d'ouvrir une porte artistiques particulière - mais l'accent mis sur la catégorisation au lieu du contenu fait disparaître ce dernier alors même qu'il sert d'alibi.
