19.7.07

Le début de la fin

Au sein de la vaste population des êtres médiatiques, nous avons chacun nos préférés et nos têtes de turcs. Certains qui nous réjouissent, sources d'un peu de bon sens - et ceux qu'on ne supporte pas, qui semblent ne jamais perdre une occasion de l'ouvrir, bien entendu pour dire n'importe quoi. Tous vont et viennent au gré des événements et de l'actualité - souvent la leur.

Quand j'étais adolescent, et que dans l'écran pérorait l'habituel crétin pontifiant, la coutumière grande gueule démagogique, ou encore l'inévitable rhétoricien bruyant, je n'étais jamais vraiment énervé. Pas autant que je l'aurais dû, et en tout cas pas autant qu'aujourd'hui. Il y a sans doute plusieurs raisons à cela, mais j'ai récemment réalisé qu'une d'entre elles en particulier domine toutes les autres. Et cette prise de conscience me désespère.

Quand j'étais jeune, ceux qui avaient régulièrement la parole à la télé étaient plus vieux que moi, naturellement. Certains beaucoup plus. Quand je les entendais déverser leurs certitudes puantes, leurs analyses biaisées, leurs programmes affolants, leurs constats satisfaits, je pensais toujours : tu peux bien dire ce que tu veux, un jour - peut-être bientôt - tu ne seras plus là. Tu seras mort, et je serai vivant. Viendra ce temps où ton omniprésence d'aujourd'hui ne sera plus qu'un souvenir désagréable, où ton influence aura disparu. Moi, je verrai ce futur que tu aimerais préparer, j'y vivrai, et toi non. Tu seras mort ; avant cela tu te seras rabougri, tu auras éprouvé l'impuissance, le désespoir, la vanité de toute chose, celle de tes efforts et de tes pantalonnades notamment... tu auras peut-être d'abord souffert, et puis tu ne seras tout simplement plus là. Tout ton vent, ton souffle, tous tes efforts quotidiens, ta quête de pouvoir, ton avidité d'image, n'auront plus aucune utilité. Et moi je serai omnipotent : je pourrai parler de toi comme ça me chante, ou bien participer à ton oubli général, je serai vivant et mon pouvoir, bien qu'infime, sera encore infiniment supérieur au tien. Tu auras tout perdu, et j'aurai gagné la satisfaction de ne plus avoir à te supporter. Je vivrai heureux dans un monde définitivement débarrassé de ta toujours inopportune présence.

Ce n'était pas un raisonnement que j'avais consciemment élaboré, avant de tenter de m'en convaincre, comme on essaye de se convaincre que celle qui est partie n'étais pas vraiment la bonne, ou qu'une vie quotidienne fade est l'expression d'un bonheur simple mais réel. Ce n'était pas une stratégie de replâtrage de la réalité. C'était profondément vrai, je le savais naturellement. Je sentais en moi la force du futur, du futur bouillonnant que j'étais, quand tant de personnes détestées n'étaient que des futurs morts, des futurs impuissants, des futurs muets. C'était si bon.

Et une dizaine d'années plus tard, c'est fini. Entretemps, on découvre que les pantins médiatiques se renouvellent. Les vieux laissent la place à des versions jeunes, parfois simples copies, parfois ayant leur style original et tout aussi désolant (bien sûr, il y a aussi des bons qui apparaissent, mais on y fait moins attention).

Le plus insupportable, c'est de penser que ces nouvelles figures, on risque de les voir toute notre vie. Par exemple, je risque d'être accompagné jusqu'à ma mort par Arno Klarsfeld. Son nom ne disparaîtra pas, où de mon point de vue, seulement avec moi, ce qui me fait une belle jambe. Je devrai le subir jusqu'au bout... quand il sera quoi, député, sénateur, animateur, ministre ? Avec toujours plus de parole, toujours impossible à faire taire. Combien de temps de cerveau m'occupera-t-il jusqu'à ma mort ? A propos de combien d'affaires et d'événements devrai-je encore entendre l'avis, connaître l'opinion d'Arno Klarsfeld ? Combien de temps passerai-je encore à le voir, à l'entendre et à le lire, combien de mes ressources intellectuelles seront gaspillées à cause de lui, passivement, du simple fait de son existence publique ? J'en suis malade.

Et des comme lui, il y en a des charrettes. Et même si les gens ne sont pas insupportables mais seulement connus, tous ces noms qu'on ne verra jamais disparaître. Tous ces fils et filles de qui perpétuent leur famille. Le nom de Depardieu était connu quand je suis né, il le sera peut-être encore quand je mourrai, je veux dire qu'il sera encore porté par une figure médiatique. Guillaume et Julie feront peut-être encore des films, ou passeront à la télé, seront le sujet de reportages, qui sait ?

C'est l'âge où l'on commence à avoir des certitudes sur le reste de sa vie. Oh, des certitudes minuscules, mais intenables quand même. Toutes ces informations inutiles et déjà prévisibles qui encombreront forcément mon cerveau, tout ce temps, toute cette énergie qui ont d'avance disparu. Je n'en peux plus.

1.5.07

Du commentaire sur internet

(Petite note pour la reprise.)

Les sites sur lesquels il est possible - et facile - de laisser un commentaire sont pléthore. D'abord les blogs bien entendu, mais par exemple aussi des sites de quotidiens en ligne (comme Libération ou Le Monde). Critiquer le fait de permettre une telle option sera pour un autre jour. Ce qui est avant tout révélateur - et décourageant - sont les commentaires eux-mêmes.

Bien entendu, sur des sites consacrés à des sujets avant tout distrayants ou superficiels, comme le sport, voir des commentaires affligeants n'est pas étonnant (ne pas voir de mépris dans le "distrayants ou superficiels" - j'aime le sport mais je ne le prends pas pour plus que ce qu'il est).

Même sur des sites de journaux, les commentaires sont en grande majorité d'un niveau abyssal. Prenez les réactions à un article quelconque. Au sein des multiples catégories de commentateurs ineptes, on peut au moins distinguer les familles suivantes :

- Les amateurs de calembours, dont les remarques se résument à un jeu de mot, soit à partir de termes de l'article, soit en rapport avec son sujet, mais toujours dénués de contenu. Aimer jouer avec les mots est une chose ; croire que le moindre résultat soit suffisamment intéressant pour mériter d'être infligé au public, si mince soit-il, me dépasse. Vous pensez avoir de l'esprit mais n'avez rien à dire ? Alors taisez-vous, s'il vous plaît.

- Les tireurs de généralités, pour qui un fait divers, une analyse, un compte-rendu sont forcément les symptomes d'un phénomène fondamental, les révélateurs d'une vérité profonde. Un policier violente unindividu ? Inévitable et prévisible dans une société de plus en plus recroquevillée sur sa sécurité ; ou marque évidente de la patte de Sarkozy ; ou encore caractéristique du nombre croissant des comportements suspects, et j'en passe. Ce qui est itnéressant est bien sûr qu'un même fait peut appuyer plusieurs constats, plusieurs visions du monde, même contradictoires. D'où l'inintérêt de la chose. Vous avez des vérités dont vous ne cherchez que la confirmation dans ce que vous lisez ? Alors taisez-vous, par pitié.

- Les pollueurs purs, qui ne souhaitent que profiter d'un espace et d'un très vague rapport entre le texte commenté et leur propre idée fixe, pour développer cette dernière en long et en large, l'appuyant d'une vague d'informations, de liens, d'extraits de documents. Vous ne cherchez qu'à répandre des constats à des gens qui ne veulent pas les entendre ? Alors taisez-vous, de grâce.

- Les chiens de Pavlov de l'actualité, qui ne réagissent à un texte que pour en tirer un lien improbable avec ce qui les préoccupe (ils ne sont qu'une variante, moins verbeuse mais tout aussi énervante, de la catégorie précédente). En ces temps d'agitation politique par exemple, de n'importe quel sujet peut être fabriquée une réflexion concernant Sarkozy ou Royal. Imaginons un texte anodin sur la fabrication des embarcations sur les bords de l'Amazone : il ne faudra que peu de temps à un réagisseur professionnel pour suggérer que c'est ce qu'il faudrait à Sarko plutôt qu' yacht, ou bien que c'est ce qui conviendrait à Ségo en opposition au yacht de Sarko ; les variations peuvent être infinies et le sens quelconque. Vous vous satisfaisez volontiers de piques ineptes lancées sur l'excuse d'un vague rapport avec le sujet ? Alors taisez-vous, bon sang.

Seulement quatre familles ? Je vous laisse compléter, chacun a ses énervements personnels... j'aurais aussi bien pu citer les critiques ad hominem, les idéologues de comptoir, les propagateurs de leur petite vérité mesquine, les squatteurs quotidiens en mal de distraction, les trolls, les adeptes du bon sens, les spécialistes, les "moi je", etc.

Bien sûr, la surface des choses est ainsi, on a des textes, des réactions au textes... écrire prend du temps, mais réagir, à l'emporte-pièce, au petit bonheur de son humeur de la seconde, à l'abri de l'anonymat, pour un coût proche de zéro... ce qui crée des endroits qui sont paradoxalement le paradis du sociologue et l'enfer du lecteur.

25.9.05

Films de genre

Déclencheur : Land of the Dead, de Romero. Romero est l'initiateur reconnu des films de zombies, objets d'un engouement certain depuis et surtout maintenant. Les films de zombies classiques sont réhabilités, édités, et maintiennent leur présence dans les oeuvres récentes (Shaun of the Dead, Land of the dead). Le zombie fédère.

On peut dire qu'il fédère, car il ne s'agit pas d'une sous-culture réservée à des fans. Même de sous-cultures non activement reprises de nos jours en étant actualisées par des lectures contemporaines, on ne peut de toute façon plus dire qu'elles soient réservées. Il est désormais légitime d'apprécier un genre en tant que tel, quel qu'il soit. On respectera tout genre par le simple fait qu'il est genre et réunit donc des fans de ce genre : zombies, fantastique, érotique, trash, SM, gay... peu importe. Des films sont récupérés et réhabilités car ils ont fondé un genre ou participé concrètement à son développement.

Un exemple : sont actuellement projetés en France des films de Masumura. Son premier film ressorti l'année dernière était La Femme de Seisaku : une histoire romantique plutôt classique, mais on peut dire saisissante pour l'époque, et surtout une oeuvre graphiquement assez puissante. Des trois nouveaux films visibles ces jours-ci, le plus acclamé est La Bête Aveugle, décrit comme alliant unvrai fond à une forme novatrice et des thématiques modernes. La réalité ? Un film à thèse, mal construit (répétitif et avec de nombreuses longueurs), mal filmé (beaucoup de moments très datés), surjeu effarant des acteurs... pour quelques scènes ou idées à sauver, on s'ennuie une heure et demie. Pourquoi tant de bonnes critiques ? Le film est une caution un peu art et essai (comprendre : à l'image un peu intello donc supposée profonde quelque part) du genre érotico-pervers qui a fait florès au Japon.

Je vais dans mon vidéo club : dans le coin japonais, on y trouve plus de films de Seijun Suzuki (caractéristique du genre en question) que d'Ozu (dont très peu de films ne m'ont pas mis au bord des larmes). Juste à côté, le rayon films chinois comporte deux tiers de films de Kung-Fu (oui je sais, on est censé les appeler autrement, mais plus que le pédantisme en soi, le pédantisme de spécialiste souterrain me tape sur les nerfs).

Bref. Les films de genre ne se portent pas mal. Et donc, Romero trouve des fonds pour fabriquer un nouveau film de zombies. Mais ce n'est pas seulement l'appartenance à un genre qui a fait marcher ces films. C'est aussi la caution intello qu'ils acquèrent, les lectures, les interprétations "critiques" du monde réel auxquelles ils nous mènent. Ainsi, derrière le film de zombie, ses ficelles pour faire sursauter, ses effets gore, son ambiance, se trouve comme une justification : les zombies représentent les défavorisés, victimes du racisme à l'époque du premier film, de la pauvreté et de l'exclusion dans la dernière version. Donc, les zombies ne sont pas les méchants qui agressent les humains, mais peuvent être perçus comme des êtres contraints ou du moins ayant été conduits par les circonstances à faire ce qu'ils font. La dichotomie grossière (méchants monstres contre beaux gentils) est ébranlée, donc oeuvre critique, alleluia.

A quoi ça mène en fait ? A des films comme Land of the Dead : où les effets gore ou horrifiques qu'apprécierait le fan du genre sont faibles, gratuits, apparaissent comme des détails rajoutés pour remplir un cahier des charges ; et où le discours souterrain remonte à la surface, devient explicite tant il est appuyé et répété. Le message, le "sens" de Land of the Dead est compris en un quart d'heure maximum. Qui aime le genre pur sera déçu, et qui aime le sens n'aura droit qu'à un slogan.

Mais ce mélange ouvre les portes de la critique la plus exigeante ! Hourra, du moment qu'on peut caser une référence au 11 septembre et à la disparité riches-capitalistes/pauvres-exploités, la critique applaudit et qu'importe le simplisme, c'est une grande oeuvre.

Alors qu'en fait, on se trouve comme dans la blague connue, prenons la version de Timsit sur Clinton président qui joue du saxo : il est pas terrible comme président... mais pour un joueur de saxo, c'est pas mal. Bon, il joue pas vraiment bien du saxo... mais pour un président des Etats-Unis, c'est pas mal. Même chose ici : l'indigence de la réflexion passe car on est dans un film de genre, donc on l'excuse du moment qu'on passe un bon moment. Le divertissement n'est pas terrible ? Ah mais le film fait réfléchir aussi. Autrement dit, les carences servent d'excuses les unes aux autres.

Et ceci est extensible à pas mal de films de genre, que les fans opposeront aux films prise de tête, art et essai (les célèbres et supposés films lituaniens de trois heures sans dialogue dans une salle de bain), mais qui justifieront bien souvent leur passion mais l'intérêt de tel ou tel genre : historique, sociétal, esthétique... bref tout sauf le divertissement.

Et évidemment, comme la médiocrité est la norme, les films de genre qui sont réellement intéressants passeront plus inaperçus - ou seront moins distingués qu'ils devraient l'être. L'affection pour un genre en soi porte ce risque de nivellement par le bas. C'est un problème de public - tout genre ne porte en lui qu'une possibilité de voir le monde autrement, d'ouvrir une porte artistiques particulière - mais l'accent mis sur la catégorisation au lieu du contenu fait disparaître ce dernier alors même qu'il sert d'alibi.

2.9.05

Darnziak

http://www.darnziak.com

Il y a encore des parcours intéressants : l'auteur de ce blog se dirigeait d'abord vers une carrière liée à la publicité, et tenait un blog adolescent, plus ou moins nihiliste, romantique noir - mais déjà avec un goût pour la théorisation.

Premier fait rare : il concrétise son insatisfaction, commence des études de philosophie, souhaite écrire des romans. Cette coupure se répercute sur le blog et commence à lui donner des airs méta ; certaines choses doivent sortir, comme avant, et le blog est l'outil idéal : immédiat, simple, sans contrôle, public. Mais l'auteur (jp) réalise bien entendu que cette immédiateté, celle des commentaires et des mails aussitôt reçus, est en général un frein à la vraie réflexion, à l'analyse, au fond.

Difficile de concilier les deux : aussi il oscille. Des textes sur le fait de blogger, d'écrire, de philosopher. L'accent mis sur le fait que blogger est une activité secondaire. En même temps : sa vie personnelle s'apaise, le malaise adolescent se passe, la matière première se fait donc plus rare et la flamme incandescente des débuts disparaît. Moins de facilités romantiques, mais aussi moins de carburant...

Il avait acquis un certain lectorat, qui disparaît peu à peu et qu'il est tentant de garder. On se débat entre les concessions à faire pour rester populaire, lisible, accessible, alors même que la tentation est d'être profond, vrai, lent. Hésitation à arrêter le blog. Mais en même temps, les "vraies" activités ne marchent pas si bien que ça ; le blog est finalement une partie concrète, aux effets mesurables, de la vie.

Bref, exemple parfait d'une des caractéristiques des blogs : ils servent relativement souvent à exprimer un mal-être - mais en sont également souvent le symptôme ; comment le dissiper sans supprimer ou modifier radicalement le blog ? Comment rompre, comment accepter de supprimer tant d'heures d'efforts, une telle part de vie, quand on y a mis autant de sien ?

Comment pouvoir repasser à cet état d'anonyme, inconnu de tous, sans réaction de quiconque ni preuve qu'on est lu (mesure de la fréquentation du blog), comment retourner dans la vraie solitude, fondamentale, celle qui ne montre pas qu'elle existe ? L'auteur d'un blog personnel et lu existe pour d'autres, et si vivre dans la solitude n'est pas si difficile, y retourner après l'avoir quittée est une autre affaire.

1.9.05

Houellebecq à Vol de Nuit

Il est toujours intéressant d'avoir à la télévision des indices qu'il existe une réalité en dehors d'elle, des traces de vrai qui y sont étrangères. La télé-réalité semblait au moins promettre quelques instants de cette nature ; mais il est rapidement devenu extrêmement difficile de les repérer : le montage force l'interprétation de certains événements et supprime les autres ; les candidats, conscients et parfois avides de la présence des caméras, multiplient les poses et semblent vouloir prouver (à ceux qui regardent mais aussi à eux) qu'ils sont d'uniques eux-mêmes. De moins en moins depuis l'émission originelle n'apparaissent de moments imprévus, ni fabriqués ni exagérés.

De même dans les interviews de personnalités, ou même d'inconnus das la rue. L'habitude des premiers, la répétition des prises pour les seconds aboutissent à des successions de déclarations assénées en bloc, quel que soit le sujet. L'habitude d'exprimer ses idées à haute voix rend l'expression fluide et le texte élégant, le discours prend une apparence de construction à l'architecture préalablement réfléchie.

Paradoxalement, les exceptions se trouvent souvent chez les écrivains. Ecrire une oeuvre est un acte personnel, spécifique, qui demande une motivation et des compétences bien précises dont l'aisance oratoire ne fait évidemment pas partie. Et c'est le cas pour Houellebecq. Peu importent les causes - timidité, inconfort, nervosité peuvent l'expliquer, mais la connaissance d'une cause psychologique n'est d'aucune aide dans la compréhension des effets concrets.

Dans les paroles de Houellebecq, il y a des silences, des soupirs brefs mais répétés, les phrases n'avancent pas vite malgré l'articulation peu claire. Il regarde vers le bas, le haut ou le côté, cherche ailleurs les réponses, car le regard du journaliste n'est d'aucune aide, lui qui aiguille doucement vers les questions plus polémiques tout en tentant de garder un ton littéraire. IL ne faut rien chercher dans ce regard, c'est un miroir, et derrière ne flottent que des considérations pragmatiques liées au déroulement de l'entretien.

Mais Houellebecq répond, essaie de répondre vraiment, de coller au roman, et alors qu'une question le coupe pour le ramener vers l'aspect médiatique de sa vie, reprend ses considérations sur le point précédent après avoir concédé une brève digression. Tous les tics du discours télévisuel commun sont absent, mais il y a un contenu, un effort. Un être humain est en train de réfléchir, de tenter d'être accessible, clair, se concentrant sur le général et occultant le personnel autant que possible.

Oui, c'est bien de voir quelqu'un hésiter et de le suivre un peu dans son parcours intellectuel, qu'il est en train de révéler autant que possible. Cherchant ses mots, faisant sans cesse pause. On n'est pas dans le discours de l'universitaire, lent pour mieux appuyer sur chaque terme important, préalablement choisi avec soin, pédagogique. Et surtout, on n'est pas dans le discours lisse, qui se déroule sans accroc, tel celui de l'interviewé suivant, présentant son livre avec la science d'un commercial, distinguant au passage ce qu'il aime et n'aime pas en littérature, bref un phénomène de surface - indépendamment de la valeur de son livre. Ce soir-là, il faut reconnaître que Houellebecq, indépendamment de son livre également, et des opinions qu'on peut porter sur les siennes, nous invitait à la profondeur et semblait prouver qu'elle s'explore de préférence seul, dans le silence, le calme, l'écart.

C'était l'un des quelques appels à la lenteur et au recul qui nous viennent parfois des médias.

31.8.05

Départ

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